La vie à la villa, en ville, et à l'hôpital

Publié le par Stéphanie

La vie à la villa, en ville, et à l’hôpital

 

 

            Nous vivons dans deux bâtiments principaux et un genre de grande yourte au toit en paille appelé « paillote ». Il y a un très grand jardin fleuri et boisé. On y trouve beaucoup de manguiers et avocatiers, un potager, et un tas de plantes que je ne connais pas et que je n’ai jamais vues.

            La villa est très grande, comprend au moins 5 chambres, deux salles de bains, un grand salon, une grande bibliothèque. On s’y sent très bien. La salle à manger est dans le second bâtiment un peu plus petit avec la cuisine et une troisième salle de bains avec baignoire. Mais rappelons qu’il n’y a pas d’eau ou si peu. Donc pas de bains !

            L’eau est puisée dans un puits dans le jardin, à la main quand le groupe électrogène n’est pas mis en marche, sinon l’eau est pompée automatiquement dès que le groupe fonctionne, et acheminée vers les robinets / douches / WC de la villa.
            L’électricité de la ville nous arrive la nuit à partir de deux heures du matin, autrement dire que ça ne nous sert à rien puisque nous dormons. Ca n’est pas assez puissant pour recharger un ordinateur portable par exemple ou un téléphone portable, ça ne recharge même pas mes deux piles pour appareil photos…

            Nous mettons le groupe en marche trois heures par jour de 19h à 22h, pendant ces trois heures nous pouvons tout recharger, prendre des douches. Mais nous mangeons aussi à cette heure –ci pour éclairer la pièce, ce qui m’empêche de travailler 3h sur les 3 heures d’électricité… Quel embêtement… je n’ai pas encore trouvé de solution. Quand les 5 infirmières de Lille (une vraie bande de folles, qui rient du matin au soir) seront reparties pour le France fin Mai je mangerai vers 18h30 pour travailler sur le groupe les 3 heures où il fonctionne et recharger par là même mon ordinateur. J’ai très bien fait de venir avec mon ordi. Au cyber café (pour me connecter à internet) il y a souvent des coupures d’électricité. Y venir avec mon propre ordi me permet d’avoir une connexion stable, ayant une batterie. J’en profite aussi pour charger un peu mon ordi. Que c’est compliqué… On n’a pas l’habitude de tout ça en France.

 

            Le jour où le puits sera vide l’eau ne nous arrivera que par bidons (elle semble douteuse vu l’état des bidons).

            Ce manque d’électricité nous fait vivre à un autre rythme qu’en France. Il faut se lever très tôt (6 heures du matin) si l’on veut travailler pour profiter de la lumière du jour, car la nuit tombe à 19h. L’autonomie de mon ordinateur sans électricité n’étant que de deux heures, ça me gêne pour organiser mon travail. Depuis 3 jours que je suis là j’ai du mal à travailler.          J’ai acheté des bougies pour éclairer ma chambre mais ce n’est pratique pour travailler à l’ordinateur, d’autant plus qu’il n’y a pas de bureau dans ma chambre. Là je travaille sur la table du salon, où tout le monde se réunit devant la télévision monochaine : TV 5 Monde Afrique.

            En effet, travailler sur ordinateur à la bougie sans table n’est pas très ergonomique !

Ainsi je prévois de travailler de 6h à 8h sur batterie, puis de 8h à 12h je serai à l’hôpital.

            Le midi nous rentrons de l’hôpital à la villa pour manger. Aminata la cuisinière nous prépare tout pour la journée et elle fait les courses ce qui nous facilite grandement la vie. Car il faut savoir que les prix sur le marché quand les mamounnais voient un blanc triplent voire quadruplent. Ce que l’on peut aisément comprendre. Ce n’est pas toujours vrai mais on s’en rend compte quand on compare les prix d’un étal à un autre. Et on peut négocier J !

            Les après-midi je pensais aller à l’hôpital (laboratoire) de 14h30 à 16h mais en fait ils ne travaillent pas les après-midi, peut-être à cause de la chaleur. Puis, après 16h, marché ou cyber café ou boutiques, puis travail de préparation de mes ateliers prochains.

Ainsi s’enchaîneront mes journées !

            Il faut savoir qu’une chose simple prend un temps fou ici. Par exemple un matin (samedi) nous allons à l’hôpital. Le staff habituel du matin 8h30 n’a pas lieu et nous n’étions pas au courant (réunion de transmissions de tout le personnel, soignant comme non soignant, à l’anglaise).

            La pièce où se trouvent nos vêtements de travail et notre matériel est fermée à clef. Nous n’avons pas de double. La personne qui a la clef, une infirmière anesthésiste, Mme Diariou (prononcer Diallo) va arriver, mais nous ne savons pas quand. Nous attendons. Nous allons au marché pour patienter, il est à 5 minutes à pieds de l’hôpital. Sur le retour nous croisons Mme Diariou en voiture, elle nous cherchait. Nous allons à l’hôpital. Elle s’apprête à nous ouvrir. Elle nous dit qu’il n’y a pas d’eau. Donc le nettoyage intensif d’une chambre est annulé de fait. L’équipe infirmière décide à la place de faire le tour d’un service pour donner des antalgiques aux malades.

            Aussi les médicaments ici sont vendus sur des étals au marché, il y a beaucoup de pharmacies, mais plus de 70 % des médicaments qui circulent sont frauduleux, comprendre qu’il n’y a rien dedans.

            Ici on ne connaît pas le traitement de la douleur et je dirais que c’est une des premières choses qui m’a marquée, même si je m’y attendais. Il faut le voir pour le croire. Ce n’est pas facile à supporter. Surtout pour les enfants.

            L’hôpital n’est dédié qu’à l’hébergement et aux soins. Toute l’hôtellerie (nourriture, linge, toilettes si elles sont faites) est assurée par la famille. Il y a 4 à 5 patients par chambre de 20 m2 maximum, plus la famille, il y a beaucoup de monde par chambre. Tout ce passage ne facilite pas l’entretien des locaux, même si des personnes sont dédiées au ménage, les « cabines » ce sont les chambres ne sont jamais nettoyées, balayées de rares fois je crois mais c’est tout. C’est choquant pour nous els français. D’ailleurs même les malades assez valides préfèrent passer la nuit chez eux et reviennent le jour. Surtout à cause des moustiques qui y pullulent. C’est fou. Il ne suffirait de pas grand-chose pour atteindre un très haut niveau, c’est même révoltant.

            Le matériel n’est pas désinfecté entre chaque patient, d’où mon idée de projet de distillerie pour flamber le matériel métallique à l’alcool pour les stériliser. On pourrait récolter les fruits pourris au sol qui ne sont pas mangés et produire de l’alcool à usage uniquement médical. N’oublions pas que la Guinée est un pays musulman ! J’en ai parlé avec des mamounnais et si la distillerie est discrète, petite, et dans l’hôpital alors l’alcool sera vu comme un « produit d’entretien » et ça passe (éviter le « tentation »). Certains ont déjà bu de l’alcool, d’autres jamais. Comme chez nous, quoi !

 

            L’organisation de l’hôpital est très bureaucratique. On respecte la hiérarchie avant toute chose. Paraît-il que certains infirmiers sont aussi forts que des médecins, ils posent des diagnostics chirurgicaux, ça marche comme ça ici…

 

            Le personnel de la villa est composé d’Aminata la cuisinière, deux gardiens (balaient, ramassent les feuilles mortes dans le jardin, nettoient le linge…) Alpha Omar et un autre dont je n’ai pas encore retenu le nom, trois chauffeurs (Keita le jeune qui conduit comme un fou, Boubacar qui conduit comme un fou, et Mammadou qui conduit bien sauf une fois ! ), un logisticien (Samba), un gestionnaire (Kourouma, que les filles ont envie d’appeler « court toujours » car il est très souvent occupé ici et ailleurs). Le Docteur Baldé vient souvent, très gentil lui aussi.

 

            Pour information l’espérance de vie ici est de 54 ans. A méditer…

 

            A l’hôpital l’entretien des locaux et des parties communes est désastreux, et encore, il paraît que c’est incomparable par rapport à dix années en arrière où les seringues et les lames étaient jetées dehors à même le sol. Il y a du sang sur les murs, les déchets sont jetés à même le sol (il n’y a pas de service de ramassage des poubelles, et apparemment pas de décharges) ou très rarement. La population estime (à raison) que c’est le rôle du gouvernement. En attendant les rues sont chargées de déchets qui polluent l’eau et qui rend les gens malades, c’est un cercle vicieux…

 

            La Guinée est le château d’eau de l’Afrique, mais sans énergie on ne peut pas la puiser ! C’est aussi un autre cercle vicieux d’où la citation on ne peut plus réaliste de Samba : « Développer un pays sans énergie, c’est impossible, et on continue à le prôner sans faire attention à la base qui est l’énergie ».

 

            Une grève de la société Générale du courant prive la ville d’électricité depuis apparemment plus de 8 semaines. Les soudeurs attendent la nuit pour travailler…

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Publié dans naniefun

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